L’innovation selon Jean-Paul Delevoye, Président du CESE

A découvrir, apprécier et faire circuler – L’intervention vidéo de Jean-Paul Delevoye, lors de l’inauguration du LABO du 24 avril.

« Bonjour,

Je regrette de ne pouvoir répondre à l’invitation du Conseil régional de Champagne-Ardenne – je salue son président et l’ensemble des élus – mais j’ai souhaité répondre à votre invitation à m’exprimer pour deux raisons : La première, c’est saluer l’initiative qui a été prise, et c’est de réfléchir à une nouvelle façon de concevoir la prise de décision politique et la responsabilisation des citoyens autour de cette décision politique.

Bien évidemment, c’est une innovation, et chaque innovation est contestataire.

Toute personne qui innove est seule et se met à dos le système parce qu’évidemment, une innovation c’est la remise en cause du système. Or, dans un monde qui n’est pas en crise et qui est en métamorphose – c’est-à-dire que dans 4 ou 5 ans, quand on sortira de la crise sociale/environnementale/financière – le monde n’aura plus rien à voir par cette extraordinaire accélération du numérique.

Ça veut dire que dans la métamorphose, la conduite du changement nécessite des révisions déchirantes de nos habitudes, de nos pratiques. Le monde appartiendra demain non pas aux sociétés les plus anciennes, non pas aux sociétés les plus puissantes, mais à celles et ceux qui auront su s’adapter et qui auront su ce qui est au coeur même de toutes les entreprises : chaque instant se poser la question de savoir ce que je dois remettre en cause pour être totalement en phase avec ces évolutions que je constate.

Le pouvoir est entrain de passer de l’Ouest à l’Est, du Nord au Sud, des multinationales aux start-ups, de l’homme vers la femme, et l’on voit bien que même la mondialisation est entrain de remettre à plat toute idée qui était la notre d’une gestion des territoires. Nous sommes dans une société royaliste, républicaine : un prince, une religion, un territoire. Or la mondialisation a fait exploser toutes les frontières. Plus personnes ne maîtrise la circulation des capitaux, la circulation des idées, la circulation des Hommes, la circulation des marchandises.

Donc laisser-croire – c’est un peu le drame de la société française – que l’on doit jouir de son pouvoir et non pas exercer son pouvoir et que l’on doit jouir de sa supériorité par la domination – en demandant aux fidèles dans la messe d’être obéissants et aux citoyens d’être obéissants aux partis politiques – est une erreur absolue !

Et si nous n’avons pas cette capacité de concevoir que le monde de demain est un monde collaboratif, est un monde dans lequel on va être dans une société de l’intelligence – il ne s’agit pas d’exploiter le sol et le sous-sol mais d’attirer l’intelligence du monde. Qu’est ce que je dois offrir comme projet territorial pour que les capitaux du monde entier aient envie d’investir chez moi, et que les jeunes du monde entier aient envie d’apprendre chez moi ? Et comment faire en sorte que dans cette mobilisation de l’intelligence nous ayons une société horizontale, nous rentrons dans une économie neuronale dans lequel le rôle et la responsabilité des élus est d’augmenter la fluidité de l’information ?

Ca veut donc dire l’importance de la contestation, car plus vous allez faire preuve d’intelligence collective, plus – bien évidemment – il y aura des remises en causes de nos principes, de nos habitudes, de notre capacité d’assurer notre confort. Le monde de demain donne toute sa force à ce principe chinois: l’inconfort mène à la vie, le confort mène à la mort. Et si nous voulons conserver un confort ouaté de nos habitudes, de nos conservatismes et de nos égoïsmes, nous nous préparons à la pire des violences, car la réalité imposera que si on n’offre pas d’espérance collective, la désespérance des hommes déstabilisera tous les systèmes, y compris les plus puissants. »

© Le LABO d'innovation publique de la Région Grand Est